Maladie d’Alzheimer : un essai clinique de phase 3 cible les personnes à risque avant les premiers symptômes visibles
Une avancée majeure est en cours dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Un essai clinique de phase 3 explorera prochainement la possibilité d’intervenir chez des personnes à haut risque de développer la maladie, avant même l’apparition des premiers symptômes perceptibles par l’entourage.
Cet essai repose sur une innovation récente et déterminante : l’identification précoce des patients grâce à des marqueurs sanguins. Ces tests permettent aujourd’hui de détecter, de façon non invasive, les signes biologiques de la maladie plusieurs années avant l’apparition des troubles de mémoire ou des changements de comportement, notamment dans les cliniques de la mémoire et les centres de recherche universitaires belges.
L’essai PrevenTRON, présenté à l’AAIC 2026, prévoit d’inclure 1.600 personnes cognitivement indemnes identifiées comme à haut risque de progression vers une forme symptomatique d’Alzheimer grâce à un biomarqueur sanguin, le pTau217. L’objectif principal est de mesurer le temps jusqu’à la progression clinique confirmée, afin d’évaluer si le traitement peut réellement retarder l’apparition des symptômes.
L’ambition de ce traitement dépasse donc les approches thérapeutiques actuelles. Il ne s’agit plus uniquement de ralentir ou d’atténuer les symptômes, mais bien d’agir en amont. Cette dernière phase de l’essai clinique vise à démontrer qu’il est possible de retarder, voire d’empêcher, l’apparition des symptômes cliniques qui impactent le quotidien des patients et de leurs proches.
« Nous sommes à un moment charnière », souligne la Fondation Stop Alzheimer, engagée dans le financement de la recherche scientifique en Belgique depuis 1995. « Grâce aux progrès du diagnostic, notamment via les biomarqueurs sanguins, il devient possible d’identifier les personnes à risque élevé bien avant les premiers signes visibles. Cela ouvre la voie à des traitements qui visent à prévenir l’expression de la maladie, et non plus seulement à en atténuer les effets. »
La phase 3 constitue la dernière étape avant une éventuelle mise sur le marché. Elle doit confirmer, à grande échelle, l’efficacité et la sécurité du traitement chez des patients présentant un risque avancé de développer la maladie d’Alzheimer.
Pour la Fondation Stop Alzheimer, cet essai illustre une transformation profonde de la recherche : « Nous passons progressivement d’une médecine réactive à une médecine anticipative. C’est une évolution fondamentale, rendue possible grâce à des années d’investissements dans la recherche et à la mobilisation de nos donateurs. »
Alors qu’une augmentation de plus de 64% du nombre de cas de la maladie d’Alzheimer est attendue en Belgique d’ici 2050, cette approche pourrait, à terme, changer radicalement la trajectoire de la maladie — en intervenant avant que les symptômes ne bouleversent la vie des patients et de leurs familles.
À l’heure où la recherche franchit des étapes décisives, ces avancées ne pourront toutefois pleinement se concrétiser sans un engagement fort des pouvoirs publics. « Les progrès sont réels, rapides et porteurs d’espoir, mais ils doivent impérativement s’accompagner d’une prise de conscience politique », insiste la Fondation Stop Alzheimer. « Investir dans le diagnostic précoce, soutenir les essais cliniques et anticiper l’accès aux futurs traitements sont des enjeux de santé publique majeurs. Sans une mobilisation à la hauteur, le potentiel de ces avancées risque de rester sous-exploité. »
L’enjeu est désormais clair : transformer ces progrès scientifiques en solutions concrètes pour les patients, avant que la maladie ne s’impose comme l’un des plus grands défis sanitaires des prochaines décennies.